SANDKORN THEATRE

"sandkorn in der maschine meines korpers" (Héraklès 5, Heiner Muller)

 

Manifeste SANDKORN - Contre l’asphyxie du réel

Le monde hurle derrière la vitre.
Nous regardons.
Pupilles ouvertes. Nerfs saturés.
La lumière bleue tient lieu d’horizon.

Tout est là.
Rien ne traverse.

Le réel circule, découpé, monté, neutralisé.
Il perd son poids.
Il devient surface.

Manifeste face à la souffrance du réel :
prendre de face.
Encaisser sans filtre.
Refuser l’absorption molle.

Réaliser à côté de quoi on est passés —
l’instant sans capture.
Le choc sans archive.
La présence nue, disparue avant d’être vue.

Le flux martèle.
Répète. Écrase. Aplati.
Le désastre devient rythme.

Les corps tiennent.
À l’intérieur, ça cède.

Alors :
faire l’effort de laisser mourir l’espoir dans l’œuf.
Écraser l’espoir dressé pour rassurer.
Couper l’espoir qui endort.
Garder la braise brute.
Rien d’autre.

Fuir.

Geste tranchant.
Décrochage.
Arrachement.

Fuir comme on ouvre une brèche dans un mur.
Fuir comme on s’arrache à une peau trop étroite.
Fuir pour reprendre souffle.
Fuir pour reprendre feu.

Le rêve déborde, envahit, fracture.

Il traverse les cadres, renverse les récits, contamine le réel.
Il ouvre des passages dans la matière compacte.
Il injecte de l’instable dans ce qui se fige.
Il déplace les lignes jusqu’à rupture.

Langue clandestine.
Déflagration intérieure.
Image sans témoin, sans archive, sans capture.

Il rend au monde son épaisseur violente.
Il rend au regard sa puissance de perte.
Il rend à la sensation sa morsure.

Rêver déplace.
Rêver perce.
Rêver attaque la surface jusqu’à la faire céder.

Désobéissance sensible.
Sabotage net.
Dérèglement volontaire.

Voir moins.
Traverser plus.

Savoir moins.
Brûler plus.

Obscurité active.
Pression souterraine.
Forces en formation hors champ.

Les écrans tournent.
Le flux continue.

Ici, ça rompt.

Dans la fuite.
Dans la percée.
Dans le rêve tenu comme une poussée irréversible.

Vivre sans relais.
Espérer sans modèle.
Rêver jusqu’à rupture du réel.

Fondée en 2024, le SANDKORN THEATRE a pour mission de créer (dans un théâtre, un champ, une plage, une usine, une cave…) des instants de communion, de partage et débat au travers de ses divers créations.

Basé à Nantes, ce  collectif est le fruit de rencontres fortes de comédiens et metteurs en scène au Cours Florent. Tout en suivant un travail ambitieux et exigeant, ses créations partagent une esthétique forte et engagée. Nourri par de grandes figures comporaine comme Roméo Castelucci, Angelica Lidell, Thomas Ostermier et de grands textes comme Henrik Ibsen, William Shakespeare, Heiner Muller, Bertolt Brecht, Bernard Marie-Koltès, Howard Barker, et Stanisław Ignacy Witkiewicz.

Sa revendication est populaire, engagée, poétique et exigeante.

"Pour moi, le théâtre a à voir avec le mal, tout comme la tragédie grecque est toujours en lien avec le mal le plus absolu. Je pense qu’il faut expérimenter le mal pour trouver la joie. De même qu’il faut traverser la violence sur un plan linguistique, pour empêcher qu'elle n'advienne dans la réalité. D’ailleurs le langage est déjà une sorte de violence en soi. La puissance de la tragédie, c’est de mettre le feu à la maison commune du langage pour en révéler la structure et s’en libérer". 

Romeo Castellucci

 

Notre théâtre se distingue par sa dimension physique, intense et incandescente. L’expression corporelle y occupe une place centrale, véritable langage scénique qui cristallise la ferveur des interprètes. Le jeu devient une danse exaltée, fiévreuse, où les émotions s’entrechoquent, se frôlent et se fondent, oscillant sans cesse entre la gravité tragique et une ironie acérée, entre la tendresse la plus délicate et une cruauté brute. Ce théâtre exige des comédiens une implication totale, une incarnation de chaque instant avec une force viscérale, presque organique, forgeant un lien brûlant, immédiat, avec le spectateur.

Mais au-delà de cette physicalité scénique, c’est une quête collective qui nous anime. Une plongée au cœur de la dynamique de groupe, une traversée des territoires intimes de chacun au sein d’une communauté soudée par l’élan créatif.

 

La troupe devient alors un foyer de résonances, un lieu d’échange, de frictions et d’élans partagés, où la scène accueille les passions, les failles et les élans de chacun dans une communion d’émotions, une vérité mise en commun.

Ce théâtre ne se réduit ni au récit linéaire ni à la seule quête du spectaculaire. Il aspire à redéfinir les contours du collectif et de l’acte de création, à éveiller les esprits, à déranger les certitudes et à ouvrir des brèches vers d’autres imaginaires.

Le SANDKORN THEATRE s’engage à faire vibrer l’humain dans toutes ses contradictions, à inventer de nouvelles façons de penser ensemble, et à faire de chaque représentation une expérience intensément sensible, profondément poétique, résolument populaire et fondamentalement partagée.