
CRÉATION 2025
VICTOR OU LES ENFANTS AU POUVOIR
d'après ROGER VITRAC
Adaptation et mise en scène : Adrien EHANNO
Hakim ADDOUM
Clément BARBERTEGUY
Flavie CORTESE
Gabin CROUSSOUARD
Noa DUBREUIL
Oréade GAGNEUX-LAGREZE
Félix MITAL
Émilien RAVEL
Mathild SCHALLER
Création sonore: Teddy DELATOUR
Costumes : Romane ORTALI
Soutien technique : Arnaud FÈVRE
avec la participation de Marie-Juliette BLONDET-PAYEN
production SANDKORN THÉÂTRE
avec le soutien des Fabriques Nantes - Laboratoires artistiques, la Ville d'Argenton sur Creuse
RÉSUMÉ
Le jour de ses 9 ans, Victor, "terriblement intelligent" du haut de son mètre quatre-vingts, décide de devenir un adulte et de se révolter contre le monde.
Il profite de la fête pour mettre en pièce sa famille et son entourage : ses parents Charles et Emilie Paumelle, leur bonne Lili, leurs amis Antoine et Thérèse Magneau, et la petite Esther qui tente de l'accompagner dans son entreprise. Il croise aussi un général pervers, Etienne Lonségur, un médecin, et s'ouvre à la sexualité auprès de la riche et pétomane chronique Ida Mortemart.
La soirée bascule dans une noirceur vertigineuse : Victor met à nu l'effondrement du monde sous sa propre absurdité avec névrose et virtuosité, devenant catalyseur et tyran d'un désastre intime. Son génie le conduit au Salut, exposant son incapacité totale d'appartenir au monde.
DISTRIBUTION
De l'inconvénient d'être né
Monter Victor ou les enfants au pouvoir, c’est convoquer une figure d’irruption, un organisme de pensée qui traverse la scène comme une déchirure dans le tissu du réel. Victor n’apparaît pas comme sujet mais comme intensité, excès de lucidité devenu matière vivante, circulation trop rapide du sens qui rend impossible toute cohabitation avec l’épaisseur ordinaire du monde. La vision précède la forme, la pensée excède l’adresse, et l’être se trouve rejeté dans une zone d’isolement absolu où comprendre équivaut à être expulsé du commun.
Autour de lui, les présences familiales se disposent comme un système déjà fissuré, une architecture nerveuse traversée de micro-effondrements. La parole y circule comme un fluide contaminé. Les corps portent des strates de retenue, de désirs enkystés, de violences domestiquées qui ne demandent qu’un point de rupture pour se déplier. Victor n’attaque rien : il irradie. Et cette irradiation suffit à désassembler les formes, à rendre visible la précarité structurelle de ce qui se maintenait encore debout.
Le recours au surréalisme chez Vitrac devient une nécessité organique de la dramaturgie. Le réel, dans sa syntaxe sociale, ne peut contenir cette densité de débordement. Il faut une zone de dérèglement, un espace où la langue se défait de sa fonction de maintien pour devenir organisme autonome, pulsionnel, hallucinatoire. Le surréel ouvre un champ d’énonciation où l’énoncé ne représente plus mais agit, où la parole se constitue comme événement, déliaison, irruption d’un inconscient collectif mis à nu.
La dramaturgie se compose alors comme dispositif de contamination réciproque. Victor en constitue le foyer irradiant, mais les autres figures portent déjà en elles la fissure initiale. Il ne produit pas le chaos : il en révèle la structure latente, il en accélère la manifestation. Chaque présence se défait au contact de cette clarté excessive, incapable de maintenir les scories du vernis social.
Monter la pièce revient à consentir à une opération de déliaison. Non pas organiser, mais laisser advenir la désorganisation comme principe formel. La scène devient lieu d’exposition radicale, surface où la parole se consume dans son propre excès, jusqu’à ce point de bascule où la lucidité cesse d’être connaissance pour devenir incendie. Ici, la vérité ne structure pas : elle dévore, elle traverse, elle dissout.
Adrien Ehanno
Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde.
Emil Cioran,
"De l'inconvénient d'être né"